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Sur les îles danoises

En tournant les cartes d’Europe dans tous les sens pour trouver des pistes cyclables sans trop de dénivelé et des beaux paysages sans trop de chaleur, on arrive encore au Danemark ! Nous y avions passé un mois idyllique en juin 2023 mais nous étions montés vers le nord sans prendre le temps de pédaler dans les îles du sud et nous nous réjouissons de tout ce qu’il nous reste à découvrir.

Cette année, les filles sont en autonomie sur leur vélo et portent même une sacoche chacune pour leur mousse, leur duvet et leurs doudous. Léna a désormais un vélo 20 pouces avec 7 vitesses, ce qui lui permet de pouvoir affronter quelques montées et Alma adore son Bemoov 24 pouces violet brillant ! Elles sont enthousiastes et motivées, mais on sait bien qu’il faudra composer avec la météo et qu’on ne fera pas des grosses étapes, une quarantaine de kilomètres par jour au maximum. Peu importe, on vient pour confirmer que le Danemark est un paradis pour les cyclistes et pour profiter de la nature, des bivouacs, des paysages…

On laisse le van dans un camping à la frontière allemande et on décide de suivre la véloroute 8 qui longe la côte pour aller vers les îles. L’euphorie du premier jour est vite calmée par la chaleur, certes pas comparable aux récentes canicules, mais bien inhabituelle pour le pays, et surtout par l’état de la route, pas plate du tout et souvent pas goudronnée. On commence donc par une petite journée qui s’achève par une belle nuit sous la tente au bord de l’eau.

Le lendemain, l’itinéraire longe souvent la route mais on avance bien, on traverse quelques jolis villages et la température se prête toujours à une pause glace, ce qui est une très bonne motivation pour faire pédaler les filles ! Comme la veille, on se rend compte que le shelter où on pensait dormir est réservé et on prend conscience que contrairement à 2023, presque tous les shelters sont désormais payants, réservables et réservés ! Tant pis, nous dormirons ce soir encore dans la tente, toujours face à la mer. Sur le lieu de bivouac, on rencontre Stéphane, Elise et leurs deux filles qui avaient suivi notre tour d’Europe et nous reconnaissent. On échange quelques conseils avant de se donner rendez-vous le lendemain sur le ferry qui nous mènera sur l’île d’Ærø.

On arrive sur l’île en début d’après-midi après une petite heure de ferry et avoir des copines pour pédaler galvanise les filles. Il fait toujours très chaud mais les paysages sont magnifiques et la route jusqu’à Ærøskøbing est très agréable. La ville est colorée et animée, d’autant plus ce weekend où elle est en fête. On y mange la meilleure glace du Danemark, on y fait quelques courses et on se pose pour la nuit sous les pommiers d’un jardin idyllique. En y arrivant, le propriétaire nous demande si on compte y rester une ou deux nuits et on se dit spontanément que cette île vaut bien d’y passer une journée de plus.

Le lendemain, alors qu’on rêvait de se baigner, le vent souffle fort et les températures ont nettement baissé. Mais ça ne gâche pas notre plaisir : on déambule dans les ruelles bordées de roses trémières, on croise quelques mariages, on mange du poisson fumé et on joue longuement sur la plage où fleurissent les cabanes multicolores. Le soir, on retrouve Stéphane et Elise dans le jardin fruitier, puis on finit notre traversée de l’île, on prend à nouveau le ferry jusqu’à Langeland et on pédale ensemble jusqu’à une ferme où on peut passer la nuit. On roule assez tard mais la route est magnifique dans la lumière du soir, bordée de champs dorés avec la mer au loin. Le vent souffle toujours mais les filles semblent y être indifférentes et nous impressionnent par leur sérénité, même quand il nous déséquilibre ou qu’on pédale sur une route un peu plus circulante.

La ferme où on pose nos tentes est parfaite : une douche chaude (la seule du voyage, d’autant plus appréciée), un parcours de footgolf (on ne comprend pas trop le concept mais le décor est charmant), une cuisine (bienvenue au moment où il se met à pleuvoir), des pruniers (qui croulent sous les fruits) et un perroquet (déplumé mais spectaculaire pour les filles). Liz fait danser son oiseau et aime discuter, les filles sont heureuses de dessiner avec Camille et Axelle, leurs copines de voyage, nous on apprécie le confort et la compagnie de Stéphane et Elise.

Le lendemain, la pluie a cessé mais pas le vent. Nos copains de voyage traversent l’île pour gagner la suivante et nous on descend tout au sud, poussés par le vent. On s’arrête longuement à Bagenkop, le port du bout de l’île, puis il faut bien repartir vers le nord et affronter le vent de face. Mais notre bivouac en vaut bien la peine : un carré d’herbe à côté d’une ancienne cabane de pêcheur et face à la mer à perte de vue. Un peu plus loin, une petite aire de jeux avec vue royale. Au loin, on voit passer des énormes paquebots pleins de pétrole. Le soir, on discute avec un couple d’Allemands qui nous propose l’eau et l’électricité de leur grande maison de vacances et même d’y venir passer quelques jours avec leurs petits-enfants qui ont l’âge des filles, mais on est là pour pédaler ! Au matin, un marsouin vient nous montrer son aileron, quel paradis ! Depuis une semaine que nous sommes en route, nous n’avons pas encore fréquenté de shelter mais nous avons toujours été éblouis par le calme et la beauté des endroits où nous avons posé notre tente.  

Malgré le vent qui souffle toujours, on fait d’une traite les 25 km qui nous séparent de Rudkøbing où on compte passer l’après-midi. La route serpente entre les champs et les maisons de campagne devant lesquelles on trouve souvent des petits cabanons où acheter quelques fruits et légumes locaux, surtout des fraises et des cerises. Il semble qu’on soit aussi en pleine saison de patates nouvelles mais on ne s’y aventure pas sur le butagaz. Arrivés à Rudkøbing, on laisse nos affaires dans une école qui a aménagé quelques shelters et laisse à disposition des sanitaires, des tables, un trampoline, des poules… On ne comprend pas vraiment comment elle fonctionne mais l’endroit est incroyable et on rêverait tous d’une école pareille !

Au matin, il bruine et le vent est plus fort que jamais. C’est justement aujourd’hui que nous devons traverser le pont qui relie l’île de Langeland à la Fionie… très mauvais timing ! On essaie de tirer les filles pour les aider sur la montée du pont mais le vent souffle tant qu’on est nous-mêmes déstabilisés et on finit par tous pousser nos vélos. Pour passer véritablement d’une île à l’autre, il y a une vingtaine de kilomètres d’une route droite et circulante qui nous semble d’autant plus longue avec du vent de face. Un couple s’arrête même pour nous proposer de porter nos bagages tellement nous semblons en baver mais on tient bon ! Par contre, on décide qu’on dormira à l’abri du vent et pour la première fois, on réserve un shelter pour la nuit. On trouve même encore mieux : une cabane de pêcheur abritée du vent avec une bouilloire et un canapé-lit, un luxe que nous n’espérions pas !

On en repart en pleine forme, prêts à affronter une nouvelle journée venteuse mais cette fois, il sert à quelque chose : gonfler les voiles des magnifiques navires anciens qui font le tour de l’île. Le port de Fåborg est en ébullition : quelques baigneurs dans les piscines d’eau de mer et beaucoup d’admirateurs des voiliers qui font escale ici. Dans le foule, on croise une copine de l’école de musique d’Alma, venue pédaler au Danemark avec ses parents, hasard incroyable ! Après une longue pause, on reprend la route vers notre shelter du soir, un peu éloigné de la côte et un peu en hauteur. Comme les kilomètres de montée s’enchainent, j’aide un peu Léna avec le tire-vélo, et c’est justement là que sa petite sacoche arrière décide de se coincer dans la roue et de la bloquer, alors que je la tire. Je mets quelques secondes à réagir, assez pour que Léna soit par terre et le vélo un peu tordu. On soigne tout sur le bord de la route et Léna repart vaillamment, pas échaudée du tout par cette fâcheuse expérience. Heureusement, notre shelter est au milieu d’une aire de jeux et on y tente la cuisson de pizzas au feu de bois, de quoi oublier ses malheurs !

Alors qu’on couche les filles, un sympathique cycliste arrive. On discute pendant qu’il fait cuire ses cinq côtes de porc et son risotto à la saucisse pour le petit dej et il nous explique qu’il n’a pas de tente mais que comme il est seul, il demande aux gens s’il peut prendre un coin de leur shelter. On trouve la démarche originale… d’autant plus quand il se couche et qu’il se met à ronfler comme un sonneur !

Après les belles montées de la veille, la journée débute par des belles descentes. On s’approche de la mer avant de retourner dans les champs, rien de pittoresque mais c’est très agréable. On ne voit désormais presque plus de cyclistes et les routes sont très calmes. A Assens, on cherche en vain un compteur pour remplacer celui de Léna qui n’a pas survécu à la chute et un porte-bidon pour Alma qui n’en a pas sur son vélo. A la place, on trouve un supermarché avec un rayon bonbons en vrac qui fascine les filles !

En fin d’après-midi, on rejoint notre shelter du jour, accessible par un long chemin caillouteux : une cabane à deux étages percée de trous ronds, au-dessus de la mer. Les filles écossent des petits pois au coin du feu dans la lumière du soleil couchant, le tableau est magnifique ! Par contre, on y dort mal, les zones de couchage sont très étroites et Miha a peur de tomber ! Le jour suivant, on expérimente un autre design : des longues boites pas bien larges ni bien hautes où on ne rentre qu’à deux, joli et original mais bien peu pratique quand il se met à pleuvoir au moment du repas…

La nuit est pluvieuse et le matin gris mais on arrive à passer entre les gouttes jusqu’à Middelfart, dernière ville avant de quitter les îles et boucler la boucle. On passe un long moment dans une grande et chaleureuse bibliothèque sur le port qui nous plait beaucoup et Alma ne se résout pas à quitter les jeux d’eau de la place juste devant. On se dit que ça doit être sacrément chouette de grandir au Danemark ! Avec Léna, on prend un peu d’avance pour traverser le grand pont vers la terre ferme et s’éloigner de la ville pour passer la nuit. Et c’est là qu’il se met à pleuvoir, gentiment pour commencer puis carrément intensément. On est rapidement trempés comme des soupes mais les filles restent imperturbables et discutent tranquillement sans presser le coup de pédale. On accélèrerait bien et on leur propose de les tirer mais elles préfèrent continuer à leur rythme. On parvient enfin à un magasin où on fait longuement trainer les courses en espérant une accalmie mais on finit par accepter l’idée que la pluie ne cessera que le lendemain et on achève de se mouiller en allant rejoindre le shelter qu’on a réservé perdu au milieu d’une forêt. On parvient à mettre à peu près tout à l’abri, à trouver des habits secs, à préparer le repas et à installer le couchage dans un shelter certes salutaire, mais pas bien grand tout de même…

Le lendemain, le soleil et le vent sont de retour et tout sèche rapidement. La route est toujours mollement vallonnée, les champs sont de plus en plus souvent déjà labourés et la mer n’est jamais très loin. On y trouve quelques jolies plages où les filles se contentent souvent de jouer avec le sable et on aperçoit un marsouin tout proche un jour de baignade ! Cette partie nous semble très peu touristique et on ne croise presque plus de cyclistes. D’ailleurs, il y a aussi beaucoup moins d’endroits où bivouaquer et on décide d’utiliser un autre filon à Haderslev : le jardin chez l’habitant. On passe donc la nuit sous le prunier d’Ellen et Poul dont on ramène deux pots de miel.

La fin approche déjà même si personne n’est lassé des kilomètres pédalés, des pique-niques par terre ni des soirées dans les duvets. Notre dernière nuit, on la passe à nouveau dans une école, la troisième qu’on trouve qui met à disposition de quoi dormir pour les voyageurs de passage. Pour les filles, c’est clairement le paradis ! Outre les balançoires, toboggans, bacs à sables, jeux d’extérieur, on trouve des cassis et des framboises et on partage le terrain avec des chevaux, des poules, un paon et un adorable chat qui passe la soirée et la nuit avec nous. A l’arrière de cette cour fabuleuse, on trouve un bric à brac formidable digne d’un inventaire à la Prévert : une cuisine d’été déglinguée mais bien pratique, des toilettes sèches sans murs ni porte, une cabane à moitié enterrée, une douche de plein air, une cabine téléphonique, un poteau à cigognes, une chaise de maitre-nageur, un wagon, une barque… et un shelter ! Le tout au milieu des champs… quel bonheur et quel bel endroit pour cette dernière nuit sous les étoiles… Au matin, les filles se réjouissent de retourner jouer dans la cour de l’école mais on se rend compte que les enfants y sont et on repart un peu déçus de n’en avoir pas plus profité mais surtout fascinés de ce que peut être une école ici ! La chaleur est lourde en ce dernier jour à vélo mais la perspective du camping avec piscine où nous attend le van est une motivation infaillible pour avaler la plus grosse étape qui dépasse un peu les 40 km.

Au final, un peu plus de 500 km passés tellement vite et voir les filles tellement à l’aise et enthousiastes sur leur vélo ajoute au plaisir. On savait déjà qu’on aimait pédaler au Danemark et ce nouveau périple m’a même fait penser que j’aimerais y vivre…

Au camping, on remballe les vélos mais il nous reste encore quelques jours à profiter du pays. Le rythme est différent en van et on se sent moins proche de la nature mais on dort dans plusieurs fermes, ce qui nous permet de faire les foins, de voir des veaux de quelques heures et de nourrir des alpagas. Sur la côte ouest, on explore la magnifique et minuscule île de Mandø, accessible uniquement  marée basse et déserte dès le départ des tracteurs de touristes qui viennent quelques heures dans la journée. A Ribe, on se balade dans les jolies ruelles, on joue aux Vikings et on ne manque pas la plus grande aire de jeux du pays ! On admire en passant l’immensité des plages de la côte ouest puis on passe une journée à la LegoHouse, un paradis pour Alma et Miha qui se demandent en sortant quand on y retournera après y être restés de 9h à 20h ! On traine encore un peu avant de quitter le pays et on passe une dernière nuit au bord de la mer. On sait déjà que les pages, le vent et les shelters vont vite nous manquer…

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